Le débit de parole, aussi appelé la vitesse d’élocution, correspond au nombre de mots prononcés en une durée déterminée. Par convention, on donne généralement le nombre de mots par minute.

Les caractéristiques du débit vocal

1. Le débit de parole

En France, le débit de parole moyen oral sans support se situe entre 120 et 160 mots par minute. Avoir un débit supérieur à 160 mots par minute ou inférieur à 120 mots par minute est ainsi un bon moyen d’interpeller vos interlocuteurs.

Dans son débat présidentiel face à François Mitterrand en 1988, Jacques Chirac adopte très régulièrement un débit particulièrement lent avoisinant les 120 mots par minute pour s’adresser à son interlocuteur.

Plus récemment lors du débat du second tour des élections présidentielles de 2017, le candidat Emmanuel Macron développe à certains passages un débit de parole très rapide avoisinant les 200 mots par minute.

Chaque débit de parole a ses avantages et ses inconvénients. Pour profiter des avantages de chacun sans en subir les inconvénients, il faut se servir des ruptures de rythme en alternant débit de parole rapide (au delà de 160 mots par minute) et débit lent (en deçà de 120 mots par minute).

Vous pouvez ainsi mimer votre propos avec votre débit. Parler plus lentement pour parler de moments de calme, et plus rapidement pour exprimer de la tension.

En matière de maîtrise des ruptures de rythme, le comédien Fabrice Luchini est un excellent exemple. Il ajoute à ces ruptures de débit des variations de fond en alternant moments sérieux et plus drôles.

2. La ligne de débit

Au delà du nombre de mots par minutes, le débit se caractérise aussi par sa ligne. Celle-ci est continue ou irrégulière. Il s’agit de la fluidité de la parole. Un ligne continue donne une impression de fluidité dans l’enchaînement des idées.

Il est plus simple d’avoir une ligne de débit continue avec un débit lent, une bonne maîtrise du sujet et en étant à l’aise. Une ligne de débit irrégulière met en exergue le travail de réflexion de celui qui parle au moment où il s’exprime.

Une ligne irrégulière est souvent le fait d’un débit trop rapide par rapport à ce que la personne qui parle peut réellement se permettre au moment où elle s’exprime (par rapport à ses compétences, sa préparation, ou son aisance au moment où elle parle).

Si la ligne est irrégulière cela créé soit :

des ruptures heurtées. Elles montrent le caractère poussif de la réflexion de celui qui parle. Elles laissent entendre des scories verbales “euh” et autres mots inutiles. Elles fatiguent l’auditeur.

L’ancien Premier Ministre Laurent Fabius a souvent une ligne de débit très irrégulière avec des ruptures heurtées dans ses prises de parole.

des ruptures douces. Elles laissent entendre des silences et de légères intonations de voix avant et après la rupture. Elles démontrent une certaine maîtrise de l’orateur et une prise de conscience de sa ligne de débit.

Le député français Jean-Luc Mélenchon met souvent en exergue la très belle maîtrise de sa ligne de débit avec des ruptures douces qui ponctuent sa parole.

3. La syntaxe du débit

Lente ou rapide. Il s’agit du nombre de mots par phrase.

Un débit syntaxique rapide amplifie l’impression de vélocité et de dynamisme de la parole. Un débit syntaxique lent caractérisé par des phrases longues renvoie une impression de calme bien que cela puisse participer à perdre le public.

L’ancien président de la république François Hollande a généralement un débit syntaxique plutôt lent hors discours préparé. Cela le pousse à augmenter son débit de parole pour faire passer ses idées clairement.

4. La discursivité du débit

Simple ou complexe. Il s’agit du nombre d’éléments dans votre phrase et de l’ordre de ceux-ci. Des phrases longues comportant des incises, des propositions subordonnées, des digressions et aboutissant à une conclusion ou à une idée principale ralentissent le débit syntaxique.

Un débit discursif trop lent entraîne parfois des phrases très peu compréhensibles. Nicolas Sarkozy en a fait l’irritante expérience lors d’un discours de soutien à l’ancienne adjointe au maire de Bordeaux Virginie Calmels en 2015.

Des phrases simples (un seul verbe conjugué) avec une conclusion présentée au début accélèrent le débit discursif. Un bon moyen d’accélérer son débit discursif est d’adopter la structure de la pyramide inversée.

On commence par le plus important (la conclusion ou le message fort de son propos) et on termine par ce qui aurait dû être la conclusion.

Dans ses chroniques sur Europe 1, le philosophe Raphaël Enthoven adopte régulièrement la structure de la pyramide inversée.

Il commence par la conclusion, la réponse directe à la question avant d’étayer sa position. Cela rend le propos fluide et en renforce la pertinence.

Les effets du débit de parole sur le discours

Selon une étude menée par des chercheurs de l’université de Géorgie aux Etats-Unis, parler plus vite rend plus convaincant et persuasif. Les chercheurs américains ont fait écouter un message diffusant une loi relevant l’âge pour acheter et consommer de l’alcool de 19 à 21 ans.

Une moitié des étudiants a entendu un message soutenant cette loi. L’autre moitié a écouté un message la critiquant. Chacun des discours a été prononcé à trois vitesses différentes : lente (144 mots par minutes), modérée (182 mots par minutes), et rapide (214 mots par minutes).

Résultat : lorsque les étudiants ont entendu l’argument critiquant la loi, ils étaient d’accord avec le message lent.

En revanche, lorsqu’ils ont entendu le message soutenant la loi, ils étaient d’accord avec le message rapide.

Si vous critiquez une situation, il vaut mieux privilégier un débit lent pour vous expliquer et permettre à chacun de comprendre.

Si vous appuyez une vérité, il vaut mieux privilégier un débit rapide. Énoncer vos arguments rapidement donnera très peu de temps à votre auditoire pour réellement comprendre et analyser ce que vous dites.

Une seconde étude menée au Canada en 2007 a consisté à faire écouter à 400 personnes des spots publicitaires réalisés par des voix masculines et féminines.

Les résultats ont montré que la crédibilité donnée à ces spots par les participants étaient surtout le fait du débit de parole. Un débit rapide est associé à un spot crédible.

Les commerciaux, vendeurs, et autres personnes dont le métier consiste à argumenter parlent très vite pour ne pas laisser au client la possibilité de réfléchir profondément, et ainsi percevoir des potentiels faiblesses ou lacunes dans leur argumentation.

5 exercices pour parler moins vite

1. Augmentez votre débit syntaxique et discursif. En faisant des phrases plus courtes et en commençant par la conclusion, il vous sera plus simple de ralentir votre débit de parole.

2. S’entraîner à écouter en ne disant rien. Rappelez-vous qu’une prise de parole est un échange. Si vos interlocuteurs ne peuvent pas s’exprimer verbalement, leur corps peut toujours parler pour eux. A vous d’écouter ce que vous voyez.

3. Regardez vos interlocuteurs dans les yeux. Le débit de parole a tendance à s’adapter à la vitesse de compréhension de vos interlocuteurs.

4. Utilisez votre respiration ventrale pour vous détendre.

5. Développez votre aisance dans le silence. Il est important de comprendre ce que le silence signifie pour vous. L’occasion de se faire voler la parole, un manque d’intelligence ou de répartie ?

Si c’est le cas, il vaut mieux choisir d’associer au silence une croyance utile pour vous. Le silence est peut-être aussi un moment pour respirer ou reprendre de l’énergie.

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